Nicolas Momein

14 Janvier - 25 Mars 2017

Wandhaff



ARTISTE DE L'EXPOSITION :
Nicolas Momein


 Je ne sais si Nicolas Momein s’envisage comme un soigneur de gravité, mais ses dernières œuvres semblent se placer du côté d’une recherche d’équilibre toujours habilement troublée. On y croise tantôt de grandes structures aux allures de danseuse boiteuse, aux tonalités pastel du bulgomme plissé, tantôt des coulées d’élastomère de polyuréthane dont la surface crémeuse a été envahie çà et là d’un crin ondulé qui ne manque de convoquer un imaginaire corporel plus humain qu’animal.

Et puis il y a, dans l’autre espace de la galerie, les Sculptures par exemple. Drôle d’appellation ; j’ai pensé un temps qu’il serait possible de remplacer le mot de « sculptures » par celui de « ça » : « ça, par exemple ! » Car, s’il y a bien de la sculpture, il y a aussi un peu de « ça » dans cette série en expansion depuis plusieurs années. Les matériaux se suivent sans se ressembler : la raideur de l’acier peut côtoyer la souplesse du caoutchouc et la sécheresse du crin le brillant de la résine. Les matériaux industriels – bulgomme, savon, mousse synthétique… – paraissent parfois moins artificiels que les filaments de laine de roche ou les ronds de cuir que l’artiste utilise. Mais il ne faudrait pas s’y tromper : pas de laisser-aller, mais plutôt un répertoire de gestes d’atelier maîtrisés qui finissent par connoter ici la concrétion des stalactites, là l’émergence d’une goutte d’eau sur un robinet, ou encore le grignotage méthodique de rongeurs. Réalisées à l’atelier entre deux projets, venant agglomérer des matériaux de récupération, les Sculptures par exemple pourraient bien être qualifiées de libérées. Libérées de la dureté, de la stabilité, de la finition comme du socle, elles échappent aux définitions comme aux catégories, avec leurs couleurs acidulées et leurs gravités en apparence précaires. Les recrues de la fine équipe, aux formes familières bien que célibataires, se tiennent là, à attendre qu’on les entoure, que l’on se permette de leur tourner autour, de les voir sous toutes les coutures, sans pudeur : ça, par exemple.

Camille Paulhan

Photo : vue d'exposition Débords, Zoo Galerie, Nantes.