Pierre Soulages

 ( 1919, Rodez)

Soulages a choisi l'abstraction, car il dit ne pas voir l’intérêt de passer « par le détour de la représentation [...] Je ne représente pas, dit-il, je présente. Je ne dépeins pas, je peins »1.
Jusqu'en 1979, la peinture de Soulages est proche du style abstrait d’Hans Hartung avec une palette restreinte dont les effets de clair-obscur sont perceptibles, y compris en transparence.
Après 1979, ses tableaux font beaucoup appel à des reliefs, des entailles, des sillons dans la matière noire qui créent à la fois des jeux de lumière et de... couleurs. Car ce n’est pas la valeur noire elle-même qui est le sujet de son travail, mais bien la lumière qu’elle révèle et organise : il s'agit donc d'atteindre un au-delà du noir, d'où le terme d'outre-noir utilisé pour qualifier ses tableaux depuis la fin des années 1970 ; d'où aussi l'utilisation du qualificatif « mono-pigmentaire » de préférence à celui de « monochrome » pour qualifier la peinture de Soulages.
« Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence. Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation. Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d’“immatière” changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. »6
L'outre-noir présente une variété d'effets : utilisation de couleurs comme le brun ou le bleu, mêlées au noir ; utilisation du blanc en contraste violent avec le noir et du blanc sur l'entière surface de la toile ; utilisation, après 2004, de l'acrylique, qui permet des effets de matière beaucoup plus importants et donne la possibilité de contrastes mat/brillant...
« Le geste! J'ai toujours réagi très tôt à cette distribution d'étiquettes, mais je ne suis pas responsable des classements que font les historiens et les critiques. En fait, cela ne me préoccupe guère. Vous savez, quelle que soit la peinture, il y a toujours un geste pour déposer la couleur. Pour ma part, ce qui importe, c'est ce qui se produit sur la toile: cette trace peinte possède ses qualités physionomiques propres et elle ne ressemble jamais à une autre; elle a des qualités spécifiques et irréductibles, un contour, une longueur, une épaisseur, une matière, des accidents, une couleur, des transparences ... Il s'établit des relations entre elles et les autres formes, le fond, et l'ensemble de la surface. Ce sont ces relations, ces qualités, auxquelles je suis attentif, et qui me guident : je ne suis pas un peintre gestuel. Mon travail ne se développe pas dans l'enchaînement d'un geste à un autre, il passe toujours par ce qui vient de se produire sur la toile et ce que j'en éprouve, qui m'interroge et que j'interroge, et qui me pousse à préciser, à intensifier ce que j'y sens en germe. Quand on voit un grand coup de brosse qui traverse trois mètres de toile, on sent le geste qui déploie ce coup de brosse, mais il s'est incarné dans la toile, et ce qui m'intéresse, c'est cette incarnation picturale. »

Pierre Soulages , « Entretien avec Bernard Ceysson », in Bernard Ceysson, Pierre Soulages , Flammarion, Paris, 1979.
Expositions de groupe à la galerie
50: Les années fertiles, Luxembourg
30 Juin - 31 Août 2011


- Hubert Juin, Soulages, le musée de poche, Éditions Georges Fall, Paris, 1958.
- Michel Ragon, Les Ateliers de Pierre Soulages, Albin Michel, Paris, 1990.
- Pierre Encrevé, Soulages. L'Œuvre complet, 3 vol. (1946-1958, 1959-1978, 1979-1997), Paris, Éditions du Seuil (catalogue raisonné de 1 174 œuvres).
- Nathalie Reymond, Soulages, la lumière et l’espace, Paris, éd. Adam Biro, 1999.
- Henri Meschonnic, Le Rythme et la lumière avec Pierre Soulages, Odile Jacob, 2000.
- Pierre Soulages, Noir lumière, entretiens avec Françoise Jaunin, Lausanne, éd. La Bibliothèque des arts, 2002.
- Entretien Pierre Soulages et Jacques Le Goff À propos des vitraux de Conques ou comment intégrer une œuvre contemporaine dans un lieu chargé d'histoire. Le Pérégrinateur Éditeur, Toulouse, 2003.
- Pierre Encrevé, Soulages. Les Peintures. 1946-2006, Paris, Éditions du Seuil, 2007 (réédition du précédent ouvrage du même auteur, augmentée d'un chapitre concernant la période 1998-2006, mais avec beaucoup moins de reproductions).
- Jean-Michel Le Lannou, La Forme souveraine. Soulages, Valéry et la puissance de l'abstraction, Paris, Éditions Hermann, 2008.
- Pierre Soulages, Écrits et propos, textes recueillis par Jean-Michel Le Lannou, Paris, Éditions Hermann, 2009.
- Gérard Georges Lemaire, Pierre Soulages au fond de la rétine de Roger Vailland, Les Lettres françaises, septembre 2005.
- Roger Vailland, Comment travaille Pierre Soulages ?, revue L'Œil de mars 1961, rééd. dans Chronique d'Hiroshima à Goldfinger (tome II), 1984, et Les Cahiers Roger Vailland.
- Roger Vailland, Le Procès de Pierre Soulages (copie sur Pierre-Soulages.com), article daté février 1962, revue Clarté n° 43 de mai 1962 ; rééd. dans Le Regard froid, 1963 ; rééd. dans Chronique d'Hiroshima à Goldfinger (tome II), 1984.
- Pierre Encrevé, Les Soulages du Musée Fabre, Gallimard, septembre 2008.
- Michel Ragon, Pierre Soulages, coll. "Ateliers d’artistes", 245 x 245, photographies de Vincent Cunillère 80 illustrations couleurs, couverture en carton brut sérigraphié, édition bilingue français/anglais, Thalia, octobre 2009.
- Pierre Encrevé, Soulages – 90 peintures sur toiles / 90 peintures sur papier, 230 x 287, dans un coffret sérigraphié, 182 illustrations couleurs, Gallimard, novembre 2009.
- Pierre Encrevé & Alfred Pacquement, Soulages, catalogue de l’exposition, 235 x 280, 245 illustrations couleurs, Éditions du Centre Pompidou, octobre 2009.
Xavier Isle de Beauchaine, Soulages – Album de l’exposition, parcours en images d’une sélection d’œuvres, texte de Pierre Soulages "Image et signification", 270 x 270, version bilingue français/anglais, Éditions du Centre Pompidou, octobre 2009.
- Jean-Noël Cristani, Soulages, le noir et la lumière, coédition Éditions du Centre Pompidou/p.o.m. Films, 2009, 52 minutes.
- Roger Vailland et la fabrique de la peinture, Alain Georges Leduc, mars 2009, revue des ressources.
- Jacques Laurans, Pierre Soulages. Trois lumières, éd. Verdier poche, 2009 [1re édition éd. Farrago, 1999].