GALERIE BERNARD CEYSSON

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Le mois de la photographie

28 Avril - 18 Juin 2011 



Artistes de l'exposition :
Christian Mosar, Plus d'infos sur Christian Mosar
Jean-Antoine Raveyre, Plus d'infos sur Jean-Antoine Raveyre
Louise Bossut, Plus d'infos sur Louise Bossut


 



Vues d'ensemble :



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Notice de l’exposition :



 Le public contemporain et la photographie



Charles Baudelaire, poète et critique d’art, théoricien puis praticien de la modernité, est l’auteur des plus sévères jugements sur la photographie. La chronique du Salon de 1859, qu’il tient pour la Revue française, est l’occasion pour lui de condamner « la sottise de la multitude » et de louer l’idéalisme contre le « goût exclusif du Vrai ». Admirateur d’Eugène Delacroix, il voit dans l’entreprise mécanique « le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études ». La sentence repose sur la crainte romantique de voir les photographes revendiquer le nom d’artiste. Si l’art bascule du savoir-faire au faire, ou du texte à l’action, la figure idéelle du mélancolique tombe aux mains de tous les narcisses.

Le cauchemar de Baudelaire est-il devenu réalité ? A l’ère de la photographie numérique, les passions ordinaires se sont émancipées et l’amateur s’il, n’a pas forcément le tempérament d’artiste, peut expérimenter ses créations à domicile. La frontière entre le photographe et le public contemporain s’estompe, mais elle n’a pas disparu pour autant. Contre les réseaux, le tout-image et le do it yourself, la photographie d’art revendique un temps long, une méthode, un dessein. La galerie Bernard Ceysson présente à Luxembourg quatre photographes formellement différents qui ont tous en commun l’anti-philosophie de l’instant décisif.

Jean-Antoine Raveyre est le premier d’entre eux. Artiste anesthésiste, il presse le déclencheur pour endormir la réalité et non la reproduire. Ses œuvres sont littérature. Elles n’arrivent pas d’un clic, mais naissent dans le vertige d’une page blanche. Raveyre écrit, dessine, construit puis met en scène avant d’appréhender son appareil : il ne singe pas mais songe.

A ses côtés, Louise Bossut se révèle comme photographe de la morbidezza. Partisane rubéniste, elle détourne la mécanique en faisant feu de toute chair. L’artiste traite le fond de ses portraits réalistes comme de pures abstractions et semble faire une typologie des poses. Dans ses images, les corps tiennent des positions inspirées des maîtres renaissants, mais évoluent comme des icones à la surface de monochromes.

Des portraits à distance raisonnable on passe à l’univers frontal de Christian Mosar, dont les figures cannibalisent le regard du spectateur. L’artiste luxembourgeois propose des clichés saturés de vie, des visages anonymes sur lesquels ont peut chercher, comme aux origines de la photographie l’expression des passions. Synthèse de lumière et de miroirs, son travail permet de lire sur les corps les « signes du langage muet de l’âme.(1)»

Enfin, Bernard Ceysson présente à Luxembourg les photomontages de Judith Walgenbach. Ses combinaisons d’images semblent avoir les vertus optiques d’une lunette ou d’un appareil photographique. En assemblant des lambeaux de réels en formes fantasmagoriques, l’artiste allemande porte la vue « beaucoup plus loin que n’avait coutume d’aller l’imagination(2) . »


Alexis Jakubowicz


1- Guillaume B. Duchenne de Boulogne, in ROUILLÉ André, La Photographie, Entre Document et Art Contemporain, Paris, Éditions Gallimard, « Folio essais », 2005, p. 136.
2-DESCARTES René, La Dioptrique, « De la Lumière », Discours premier, (1637), Gallimard, « Folio Essais », 1991.
 





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