Rémy Jacquier - Papillonnages - phosphènes, notule

26 Mai - 15 Septembre 2011

Saint-Etienne



Artiste de l'exposition : Rémy Jacquier


 Rémy Jacquier, libre dessein

En 1839, Louis Daguerre présente ses premiers travaux photographiques devant l’Académie française des sciences. L’invention du daguerréotype emporte l’enthousiasme du journaliste Jules Janin qui proclame : « Nulle main humaine ne pourrait dessiner comme dessine le soleil ».

Rémy Jacquier prouve en la matière que les bons mots de l’histoire résistent mal aux œuvres d’art. Il présente à la galerie Bernard Ceysson une série d’œuvres intitulées phosphènes, du nom d’un phénomène optique bien connu : la persistance rétinienne. L’artiste parvient à dessiner ce qu’il y a derrière les paupières closes, une pellicule noire percée par l’écho d’une étoile. Il obtient par ce geste une impression lumineuse que les photographes n’ont que par la chimie et la mécanique. Sur des fonds pigmentés recouverts de fusain, des balles de tennis sont projetées comme des photons gamma sur du sel d’argent. L’impact positif dépigmente la feuille comme un négatif. Les marques de ces dessins sont obtenues progressivement par rythme calibré sur les nombres premiers. Ainsi Rémy Jaquier concurrence l’appareil photographique en introduisant lui aussi « la quantité, le nombre et la mesure dans la matière même de l’image ».
Cet art de procédé est contrebalancé par de petits formats que l’artiste qualifie de « caprices », à mi-chemin entre le griffonnage inconscient et le dessin délibéré. Le trait conceptuel s’estompe en estampe et abandonne la mine au plaisir de faire. Ces études, également présentées à la galerie Bernard Ceysson, portent en elles des fulgurances et sont par conséquent faites au fusain. Ce matériau léger n’encombre pas la main du poids de la pensée ; il assure une expérience tactile en supprimant tous les intermédiaires entre l’artiste et le support.
Ces dessins fugitifs relèvent dans l’œuvre de Rémy Jacquier d’une tentative d’autonomisation du précédant. L’artiste considère ses travaux préparatoires comme des œuvres déliées de tout achèvement et confère à leur inconséquence des qualités esthétiques propres. En somme, il interdit à ses dessins d’êtres desseins. C’est également cela qui est à l’œuvre dans ses linogravures, fixation par la gouge de notes éparses élues au hasard dans ses carnets de travail. En démembrant la science du trait, Rémy Jacquier rend subtilement compte des problèmes fondamentaux de la création. Ici, le libre arbitre est la seule disposition prompte à donner aux formes le statut d’œuvre d’art.

1-ROUILLÉ André, La Photographie, Entre Document et Art Contemporain, Paris, Éditions Gallimard, « Folio essais », 2005, p. 45.