Claude Tétot

10 Novembre 2011 - 07 Janvier 2012

Luxembourg



Artiste de l'exposition : Claude Tétot


 Bien des critiques ont plié sous les toiles de Tétot, contraints d’abandonner au regard de l’emploi qu’il fait des formes et des couleurs les catégories empiriques qui balisent l’histoire de la peinture. Comment rendre compte de cet improbable jeu pictural, soustrait aux règles de composition, d’équilibre et d’échelle, et dont la description, qui fait l’honneur littéraire du critique, est toujours inconséquente ? En admettant par exemple que l’artiste peint comme on bluffe. Il transpose dans la peinture une technique mensongère qui porte non seulement sur les éléments matériels de ses toiles, mais également sur les idées que chaque regardeur se fait des intentions d’un peintre.
Claude Tétot ne laisse aucun savant s’approprier son œuvre. Ses tableaux ne sont pas des écrans de projections stériles pour laborantins de l’art. Ils ne disent rien de ce qu’ils sont ni ne demandent qu’on parle pour eux. Ils ôtent au critique la part belle du langage et le laissent empêtré dans l’indétermination du tropisme avec le poème pour seul noème. Cette peinture colle aux arcanes des sentiments, des paris que l’imagination prend librement sur la réalité. Elle a au cœur des formes géométriques parfaitement identifiables rendues imprononçables par des embarras, des coulées ou des flous, instruments picturaux qui renversent les attentes romantiques, parfois niaises, du regard. Les formes indéterminées confèrent à cette peinture une fonction envisagée par Roland Barthes en 1964 dans les Essais critiques:
« On entend souvent dire que l’art a pour charge d’exprimer l’inexprimable : c’est le contraire qu’il faut dire (sans nulle intention de paradoxe) : toute la tâche de l’art est d’inexprimer l’exprimable, d’enlever à la langue du monde, qui est la pauvre et puissante langue des passions, une parole autre, une parole exacte.»
Les étranges compositions de Claude Tétot ont la propriété du « Je ne sais quoi » baroque dont les effets sont fondés sur le charme et la surprise. Bluffants car innommables, ses traits prodiguent leurs effets si promptement qu’on ne saurait, même avec l’accord du peintre, les définir autrement que par des approximations historiques, des circonvolutions théoriques ou des errements poétiques.